Gérer le changement par un management approprié
L'entreprise connaît tout au long de sa vie des phases de changements plus
ou moins radicales, plus ou moins bien vécues, qu'elle arrive à surmonter en
dépensant une énergie souvent considérable pour vaincre les résistances
au changement.
Selon Strebel1, toute
entreprise est confrontée
à des forces qui imposent
un changement, dont les
plus fréquentes sont
externes, c'est-à-dire celles
imposées par l'environnement
(la concurrence,
l'arrivée d'un produit ou d'une technologie innovante.).
On l'accepte plus ou moins. Mais il
existe dans le même temps des forces qui s'opposent
au changement, dont les plus vives
viennent de l'interne. Force est de constater que
lorsque les forces qui imposent le changement
sont aussi fortes que celles qui s'y
opposent, il n'y a guère que les stratégies
de rupture qui sont susceptibles
d'aider l'entreprise à sortir de l'impasse.
Selon Jean-Christian Fauvet2, la
réussite dépend avant tout de la justesse
de la stratégie de changement
qui s'impose souvent à l'entreprise (les
alternatives sont peu nombreuses,
voire inexistantes), de la volonté du
management, de la tactique et de la communication
employée pour que chacun se
l'approprie, des moyens mobilisables dans le
management versus les personnes qui résistent
et du temps.
Privilégier la pédagogie
Or, le changement n'est pas naturel. Chacun
aspire à une stabilité, à une permanence. La
remise en cause des méthodes de travail, des
processus, des idées se heurte à des certitudes
acquises patiemment au nom d'une conscience
professionnelle érigée en modèle, voire en
valeur. La résistance au changement est
quelque chose de normal, de naturel, elle n'est
en aucun cas l'apanage des opérateurs, des
encadrants de premier niveau, des managers,.
Elle concerne tout le monde, y compris les
directeurs généraux. C'est souvent au plus haut
niveau que se trouvent les plus grandes
résistances. Le management va devoir gérer des
résistances, en acceptant tout d'abord son
caractère naturel, sans avoir le sentiment d'être
remis en cause personnellement. Ce
changement, c'est de la pédagogie ! Il s'agit de
soutenir, d'aider, de partager avec le plus grand
nombre de managers.
Cinq phases à décrypter
Les phases normales que connaît une période
de changement sont au nombre de cinq. Nous
les avons rencontrées et décryptées au cours
des opérations que CEPI Management a
conduit au cours de ces dernières années. Elles
rejoignent les analyses et observations
de Gérard Carton3. Tout d'abord, il y a
celle de l'incompréhension : "comment
en est-on arrivé là ?" "On nous a
caché quelque chose, on nous a
menti". Puis, celle des résistances
qui vont se manifester de toutes sortes
de manières, y compris les plus inattendues,
notamment vis à vis du
management. Puis vient celle du deuil,
particulièrement bien décrite par Leroy il y a
déjà quelques années. Cette phase est indispensable
: il s'agit de faire le deuil du
fonctionnement passé (il ne s'agit pas, par
exemple, de bien faire, il s'agit de le faire en
tenant compte de ce que veut le client).
Changement assez fondamental lorsque l'on a
passé des années à acquérir une technicité, une
dextérité, une expertise qui consiste à faire de
la belle technique, mais qui ne vend plus. Faire
ce deuil est indispensable, et un préalable à la
phase de résignation qui se traduira par "puisqu'il
faut changer, nous allons changer !."
Mais ce n'est qu'à partir de la phase suivante
d'intégration/appropriation que la reconstruction
va se faire. Ce n'est qu'à partir de ce
moment que l'on parle réellement d'appropriation
et que l'on va pouvoir parler de
changement. Changer, c'est percevoir différemment
une réalité et développer une réalité
différente en la construisant.
Imaginer un futur pour
l'entreprise
Dans cette dynamique en cinq phases, le rôle du
management à tout niveau est capital, car il s'agit de
faire naître quelque chose que personne ne maîtrise.
s'agit de s'assurer que tout le monde sera gagnant.
Dans une des entreprises que nous avons eu le plaisir
d'accompagner, il devenait évident au fil du temps
que l'une des conséquences des changements en
cours était la disparition d'un niveau hiérarchique
que personne n'avait imaginée au départ. Lorsque
cela fut évident, le travail a consisté à imaginer un
futur pour et avec tous ces hommes et ces femmes
pour que tout le monde et chacun soit gagnant. Il en
dépendait la crédibilité des managers, ainsi que la
nôtre, mais cela fut un moment clef de la réussite de
cette conduite de changement.
Fort de ces enseignements acquis au fil des actions
d'accompagnement, la phase la plus insidieuse est
celle du deuil, car notre éducation, nos valeurs ne
nous conduisent pas naturellement à nous exprimer.
c'est précisément dans ces phases qu'il s'agit de
parler, d'échanger, de communiquer avec le sens de
faire ensemble, de partager une vision commune,
d'imaginer une autre réalité en la construisant. Le
management constitue la clef de la conduite du
changement. Encore faut-il l'utiliser avec doigté pour
éviter que l'ensemble ne coince, et lever ainsi les résistances
dans le respect des valeurs individuelles et
collectives.
Jean-Claude VACHER
Directeur Général CEPI Management SAS
Directeur EMBA CPA Lille
1. Strebel : professeur à l'IMD, Lausanne
2. Fauvet : ancien dirigeant de Bossart Consulting.
Auteur de "La sociodynamique du changement".
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