Edito : "Entreprise, que deviens-tu ?"
 

Entreprise, que deviens-tu?

L'été nous prédispose à profiter des moments de vies privilégiés en famille, entre amis, dans un lieu différent du quotidien. C'est aussi le moment propice pour se ressourcer, pour réfléchir et pour se projeter dans le futur, ce qui est finalement le meilleur moyen de changer le regard sur votre présent en tentant d'y apporter des solutions nouvelles.

: L'entreprise est un sujet de réflexion dont on peut repousser sans cesse les limites, d'autant qu'elle est devenue au fil du temps la plus observée mais aussi la plus pérenne socialement. Si l'on se fie aux croyances populaires, "tout fout le camp !". L'aristocratie, la religion, la politique ne sont plus ce qu'elles étaient. Dans ce contexte, l'entreprise est et demeure la structure qui lie et relie les hommes en les faisant vibrer.

Dans sa définition, extraite du Robert, l'origine du mot entreprise remonte à 1530. Elle provient du verbe entreprendre, "ce qu'on se propose d'entreprendre", il s'agit fondamentalement de "prendre ensemble", qu'elle soit virtuelle, en réseau, transversale, partenaire, commerçante, intelligente, du futur... Chacun y va de son qualificatif, derrière lequel se loge très souvent un concept qui, sans être toujours nouveau, a le mérite de clarifier.

En effet, l'entreprise ne se définit plus seulement à travers ses usines, ses bureaux et ses effectifs mais aussi par son système d'information, qui inerve toute l'entité et qui est devenu un élément très structurant, ainsi que par le lien qu'il établit avec les clients. Ceci signifie également que la part d'immatériel (savoir, informations, compétences, potentiels créatifs...) croit beaucoup plus rapidement que le matériel (machines, locaux, stocks...) la gestion des flux d'information devient une préoccuation majeure dans la mesure où elle est porteuse de valeur. Selon le secteur d'activités, la part matière première d'une entreprise se dématérialise progressivement, au point de considérer que la part tangible du produit qu'elle fabrique revêt moins d'importance pour le client que la part intangible. Il n'achète plus un produit ni même un service mais recherche une solution. Quels bouleversements pour l'entreprise ! A tel point qu'il faut en permanence la repenser, la revisiter au regard de ces nouvelles exigences.

Ce n'est pas un hasard si aujourd'hui l'entreprise transversale ou le management par projet connaissent un engouement : ces modèles permettent d'apporter une valeur plus forte au client en modifiant le fonctionnement interne de l'entreprise.

L'entreprise se remet en mouvement, elle regagne un potentiel de créativité au service de la satisfaction du client.

Cette mutation, dont le mouvement a pris naissance à la fin des années 90, se poursuivra dans les dix prochaines années. Il ne s'agit plus seulement de faire son travail consciencieusement, il faut désormais répondre aux attentes d'un client en quête de valeur(s), en profitant pleinement des moyens d'information que la révolution informatique a permis. Ces technologies nous permettent de réaliser, entre autres, un travail à distance qui constitue, non pas la solution à tous les problèmes causés par l'éloignement du lieu de travail du domicile, mais une alternative s'accompagnant de fait d'une plus grande autonomie.

Cette autonomie nouvelle pose le problème de la solidarité interne, mais l'on assiste à un mouvement d'une autre nature : celui du client qui rentre dans l'entreprise au point d'en faire un partenaire durable. Les murs des entreprises ne constituent plus une barrière étanche entre le dedans et le dehors mais quelque chose de flou, le fonctionnement en réseau tendant à se généraliser. Les technologies y ont largement contribuées EDI, CRM, mega bases... La relation traditionnelle entre un client et un fournisseur devient désuète et la localisation des unités de fabrication se fait de plus en plus à proximité de l'assembleur. Il ne s'agit plus de s'accomoder des stocks, aussi petits soient-ils, mais d'en réduire la notion même en fabricant sur place (l'industrie automobile en est le plus bel exemple).

Une autre évolution, dont on cerne à peine les contours, est induite par lnternet et le Web. Les propos que nous tenons sont à l'image de ceux entendus sur l'automobile il y a un siècle. Elle est en marche, elle est source de création de valeur tout en destructurant les chaines de valeurs existantes qui avaient été patiemment construites au cours des décennies. L'INSEE vient de révéler que les nouvelles technologies de l'information expliquent plus d'un quart de la croissance actuelle (0,7% des 2,6% constatés en 1997 et 1998), sans compter que les NTIC sont à l'origine des trois quarts des gains de productivité.

La révolution de l'information est en marche, elle modifie le contour de nos entreprises. Elle modifie les relations internes, transforme celle que nous construisons avec nos clients et nos fournisseurs, détruit des notions de la chaine de valeur externe, induit une nouvelle créativité. L'entreprise du futur est à réinventer. Nul doute que ce dessein est suffisamment excitant pour y contribuer. L'entreprise deviendra ce que les hommes en feront.

Jean-Claude Vacher
Directeur Général CEPI Management SAS



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