Edito "un philosophe à CEPI Management"
 

Un philosophe à CEPI Management

Invité par CEPI Management et l'Association des Anciens CPA Nord, André Comte-Sponville était dans nos locaux, le 17 mai dernier. "Comment concilier éthique, morale et rentabilité ? " Tel était le thème de sa conférence, un sujet qui fait écho aux thèses développées par le philosophe dans son dernier ouvrage "Le capitalisme est-il moral ? ".

Dès le début de son intervention, André Comte-Sponville rappelait que l'idée d'éthique d'entreprise, venue des États-Unis, affirme que l'éthique améliore le climat interne de l'entreprise, donc la qualité du produit, et donc la productivité et les marges. Un terme a d'ailleurs été inventé : le markéthique. "Cette notion d'éthique d'entreprise me laisse perplexe et réticent pour trois raisons, explique A. Comte-Sponville. D'abord, parce ce que ce serait la première fois que la vertu ferait gagner de l'argent. Ensuite, parce qu'il est vrai que le devoir et l'intérêt peuvent aller dans la même direction, mais que dans ce cas, aucun problème moral ne se pose. Enfin, parce que si on accomplit une action morale par intérêt, alors cette action n'a aucune valeur morale puisque le propre de la morale est justement le désintéressement". Et A. Comte-Sponville d'en conclure : "Je crois que l'éthique d'entreprise relève plutôt du management et du marketing que de la morale".

La morale. Le mot était lâché. "Prétendre que le capitalisme pourrait être moral n'a pas de sens. En effet, le possible et l'impossible n'ont que faire du bien et du mal". A. Comte-Sponville cite un exemple : "Imaginez la réaction d'un physicien qui vous expliquerait la grande équation d'Einstein, E=mc2, et à qui vous objecteriez que cette équation n'est pas morale puisqu'elle fait exploser des bombes atomiques. Ce physicien vous répondrait que vous ne parlez pas de la même chose ! Dans l'ordre économico-technoscientifique, rien n'est jamais moral ni immoral. Tout y est plutôt amoral car la morale n'a rien à faire ici. À la question : "Le capitalisme est- il moral ? "Je réponds donc évidemment non "Si nous voulons qu'il y'ait une morale dans une société capitaliste, celle-ci doit d'ailleurs que du marché." puisqu'il ne le peut pas ! Conséquence, si nous voulons qu'il y ait une morale dans une société capitaliste, celle-ci doit venir d'ailleurs que du marché".

Une morale qui viendrait d'ailleurs. Mais d'où ? C'est justement là qu'apparaît cette notion si chère au philosophe : la responsabilité. "Faire preuve de responsabilité, c'est assumer le pouvoir qui est le sien car la responsabilité ne peut être qu'individuelle". Alors, si la responsabilité ne peut être qu'individuelle, faut-il encore parler de responsabilité de l'entreprise ? A. Comte- Sponville répond : "Une entreprise n'a pas de morale, elle n'a que des intérêts et des contraintes. Mais c'est précisément parce qu'il n'y a pas de morale de l'entreprise qu'il doit y avoir une morale dans l'entreprise, grâce aux seuls qui puissent être moraux, à savoir les individus qui y travaillent, et particulièrement les dirigeants".

À l'issue d'un exposé dense, le philosophe pouvait donc conclure, en forme d'encouragement : "Que les dirigeants d'entreprise cessent de s'excuser de réaliser des bénéfices. Ce que le corps social attend d'eux, c'est qu'ils fassent leur métier, c'est-à-dire créer de la richesse. De même, ce qu'il attend du politique, c'est de la justice et de la liberté. Ce qui tombe bien puisque l'Etat ne sait pas créer de la richesse !"

Morale de l'individu, éthique et responsabilité dans l'entreprise, justice et liberté dans notre société. Autant de questions pertinentes auxquelles il nous appartient tous d'apporter les réponses. En tout cas, d'y réfléchir.

La rédaction
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