Anticiper pour mieux gérer
Comment les entreprises appréhendent-elles aujourd'hui l'arrivée très prochaine de ce virage que constitue le papy boom et comment se préparent-elles aux changements économiques et sociaux que cela engendrera ? CEPI Management vous fait partager 2 expériences d'entreprises.
Les perspectives démographiques fournissent des données irréfutables sur le vieillissement de la population et les effets dévastateurs qu'il pourrait entraîner si de profondes adaptations dans les modes de gestion des ressources humaines n'étaient pas réalisées. Chacun sait aujourd'hui, selon les projections de l'INSEE, que la population active devrait diminuer dès 2006. Le vieillissement de la population se manifeste au sein des entreprises parun accroissement de la part des 50-60 ans dans la population active, passée de 16% en 1995 à prés de 21% en 2001.
D'ici deux à trois ans les entreprises auront à gérer les départs massifs des salariés atteignant l'âge de la retraite et il faudra alors transmettre les connaissances et renouveler les effectifs sur un marché du travail resserré.
Il s'agit là d'un bouleversement dont les conséquences ne peuvent être ignorées.
La majorité des DRH et des cadres ont compris qu'il était temps de s'y intéresser. L'année dernière le papy boom était appréhendé par 48% d'entre eux comme un chantier à court terme. Ils sont aujourd'hui 57%.
8 DRH sur 10 annoncent en effet qu'ils ont identifiés les rythmes de départs mais seuls 40% disent avoir accéléré la capitalisation et le transfert des savoirs de ceux qui vontpartir. Autre donnée importante, 36% d'entre eux perçoivent davantage le papy boom comme un danger plutôt qu'une opportunité.
Pour éviter la perte d'un savoir !
Dans le cas d'Arc
International,
entreprise familiale qui
au fil du temps est
devenue l e groupe
leader mondial dans
les arts de la table, la
gestion d'un effectif de plus de 17000
collaborateurs dans le monde dont 11400 en
France, est loin d'être prise à la légère.
Toutes les catégories sont touchées par
ce phénomène du papy boom, les
cadres, les techniciens et les ouvriers.
D'ici 10 ans, 30% des cadres du site
français partiront, la part actuelle des
cadres compris dans la tranche d'âge 50-60 ans
étant de 230 sur 660 cadres dans le groupe. La
mobilité internationale devient donc
fondamentale pour assurer le turn-over et la
sauvegarde culturelle. Le visage de l'entreprise
va considérablement changer d'où la nécessité
de cartographier et de photographier dès
aujourd'hui les compétences des collaborateurs
pour actionner des plans de formations adaptés
afin de pal l ier le manque à venir et de
transmettre rapidement le savoir aux
générations montantes.
Pour Marie-Claudine Debuire,
DRH du groupe, tout réside
dans l'anticipation. «Il faut
savoir anticiper les départs
liés à l'âge, gérer de manière
prévisionnelle les emplois, les compétences et
les carrières. Nous avons déjà résolu une partie
du problème lié à notre pyramide des âges en
mettant en place le CATS (Cessation
Anticipée des Travailleurs Salariés).
Pour les personnes ayant commencé à
travailler très tôt (14-16 ans), nous
suivons les directives de la loi Fillon
leur permettant de jouir également d'un départ
anticipé. Ces départs amènent dès lors des
freins à lever dans la transmission de notre
savoir. Depuis toujours notre communication et
donc la transmission du savoir se fait de
manière très orale. Aujourd'hui, nous devons
nous moderniser, le portail formation
multimédia est là pour ça. Nous avons de fait un
réel challenge à relever concernant
l'intégration des jeunes générations.
Cette confrontation inter-
générationelle amène des problèmes
managériaux où seules, l'adaptabilité,
l'humilité, l'écoute permettront une
transmission optimale du savoir. Les
jeunes générations ont une vision de l'entreprise
différente. Ils sont plus dans une logique de
contrat que dans une logique d'honneur
comme c'était le cas pour les anciens».
|«Se préparer pour ne pas subir»
Pour la société Interfit, filiale du groupe
Vallourec, spécialisée dans la fabrication de
raccords à souder en acier au carbone, la
problématique est sensiblement identique.
«80% de l'effectif est basé en production
déclare Monsieur Arnaud, Directeur des
Ressources Humaines. Le travail est très
manuel. Notre fourchette d'âges varie entre
22 et 57 ans. Cette année, sur un effectif de
200 personnes, une quinzaine est déjà partie
en retraite et une quarantaine devraient s'en
aller d'ici 2006. Avec tous les partenaires
sociaux et les filiales du groupe nous
avons mis en place un plan de gestion
prévisionnelle des emplois et des
compétences. Cette démarche active a
été intégrée i l y a déjà trois ans.
Aujourd'hui, on se prépare pour permettre au
personnel de travailler plus longtemps en
préservant leurs capacités physiques, nous
adaptons l'organisation de la société afin
d'alterner le personnel sur les postes à forte
pénibilité.
Nous développons également sa polyvalence. Il
y a une obligation pour préserver la santé de
son entreprise, c'est de se préparer
suffisamment tôt pour ne pas subir. C'est ce que
nous avons fait. D'autre part il faut identifier les
compétences clés pour chaque poste afin de
savoir quel collaborateur pourra y travailler.
Dans le cadre de notre société, nous avons mis
un point d'honneur à une communication de
proximité pour connaître chaque individu et
déceler ses envies et ses perspectives
d'évolution. Nous pouvons le faire car nous ne
sommes que 200. C'est primordial et ça nous
permet de nous préparer au changement.»
Eclairage...
Par Frédéric LANGLOIS - Consultant CEPI Management
Les entreprises doivent être attentives aux départs de leur(s) collaborateur(s). Même avec une pyramide des
âges qui révélerait une vitalité de la classe d'âge des 40-45, il faut prévoir ce creux de la vague prévisible
dans les années à venir. Il s'agit moins d'un problème d'outils de prévisions RH qu'une volonté de sécuriser
capital social et immatériel de l'entreprise pour prévoir les emplois et compétences clés pour l'organisation.
Il existe trois cas de pertes de compétences dans l'entreprise : le départ en retraite, le déplacement d'un
collaborateur dans une filiale par exemple ou le départ pour la concurrence.
Ces trois cas demandent une réponse appropriée s'inscrivant dans un système permettant de détecter les
compétences nécessaires à l'organisation actuelle et future. Les objectifs sous-jacents peuvent être
l'anticipation de la déperdition des compétences, l'adaptation des compétences, l'accroissement de
capacité d'innovation ou l'amélioration de la productivité. La démarche comprend trois phases s'inscrivant
dans une démarche itérative : l'identification des compétences clés de l'entreprise, leur formalisation et leur
évaluation. Cette démarche doit permettre de mettre en lumière les compétences professionnelles clés pour
l'entreprise c'est-à-dire la combinaison de connaissances, savoir-faire, expériences et comportements,
s'exerçant dans un contexte précis. Un soin particulier doit être mis à l'organisation de ce transfert
compétences.
|