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Ubérisation : un ennemi qui vous veut du bien ?

Par 9 novembre 2017 Aucun commentaire
Denis Jacquet est un entrepreneur engagé pour les entrepreneurs. Invité par CEPI Management, il a évoqué le 19 septembre devant un large auditoire, non sans humour et parfois provocation, sa vision de la transformation digitale. Quelles sont les conséquences de l’ubérisation de l’économie sur le monde du travail ? Comment repenser son modèle économique au regard de la transformation digitale ? Un thème abordé cette année dans le cadre du programme CPA. Extraits choisis …

 

L’ubérisation, c’est la volonté d’essayer quelque chose de neuf

 

L’ubérisation (ou plateformisation) repose sur une plateforme internet qui met en relation des personnes qui proposent leurs services. Elle a pris son essor avec le logement de tourisme (Airbnb) et le transport de personnes (Uber). Aujourd’hui, elle s’attaque à tous les secteurs de l’économie et de la vie quotidienne.

« L’ubérisation excite toutes les peurs, les fantasmes, les espoirs. Les jeunes entrepreneurs y voient un espoir de trouver leur place. Les grands groupes se demandent comment transformer leur modèle et leur façon de toucher leur public. Les politiques sont totalement perdus et dépassés par le phénomène. Quant au consommateur, il se demande ce qui se passe vraiment », explique Denis Jacquet.

Pourtant, sous un angle sociétal, l’ubérisation c’est « la volonté d’essayer quelque chose de neuf. On ne sait pas si c’est mieux mais on sait que c’est différent. On peut l’appliquer à la politique, à la société, à tellement de choses aujourd’hui. Les gens sont prêts à tout essayer. C’est véritablement un outil au service de quelque chose ».

 

Le digital va transformer l’Humanité

 Si le digital, et c’est prouvé scientifiquement, transforme le cerveau de nos enfants en affectant leurs capacités de concentration et de mémorisation, on s’apercevra peut-être au fil du temps qu’il a sans doute développé d’autres facultés chez l’Homme. « Le digital va transformer l’Humanité en faisant disparaitre la mémoire. Or l’Humanité est un réservoir à mémoire », alerte Denis Jacquet.

 « Il serait temps d’intégrer en France le fait que le digital existe. Faisons monter un socle de responsabilité sociale de ces plateformes, régulons plutôt que de perdre du temps à légiférer », poursuit-il. Et il y a urgence, car l’économie numérique évolue très vite. Trop vite ? « Nous devons prendre conscience que cette nouvelle économie est là, qu’elle ne s’arrêtera pas aux frontières, qu’elle va toucher toutes les professions les unes après les autres ». Denis Jacquet prend l’exemple du smartphone, en particulier de l’iPhone qui vient de fêter ses 10 ans, et qui a dessiné le monde plus sûrement que tout autre objet apparu ces cinquante dernières années.

 

Le digital est affaire de philosophie et de politique

« Une philosophie à l’œuvre au profit d’un dessein politique », voilà ce qui motive les géants de la Silicon Valley, Google et Facebook en tête. Selon lui, leur ambition n’a aucune visée technologique.

« Mais les empires digitaux ne sont qu’américains et chinois. Pas un seul géant du digital aujourd’hui n’est français ou européen. Les Etats-Unis ont pris possession du monde et la Chine lui emboîte le pas. Pour la France et l’Europe, la transformation digitale est pourtant une opportunité incroyable de se redonner une envie, une utopie et la capacité à recréer de la croissance. Or, nous ne la saisissons pas », s’inquiète Denis Jacquet.

 

L’ubérisation déstabilise la garantie sur le statut social

 

Certes, l’ubérisation a entrainé ces dernières années la création d’un grand nombre d’emplois d’indépendants. Un grand nombre d’entre eux ne souhaiteraient pas revenir sur leur statut. Denis Jacquet rappelle aussi que plus de 38% des chauffeurs de VTC étaient au chômage longue durée auparavant. « Pour l’instant, c’est donc un mieux même si le rapport au statut social, la relation entre le salarié et l’employeur s’en trouvent déstabilisés. Comment trouver un nouvel équilibre ? », s’interroge-t-il.

L’ubérisation entraine également un nouveau partage de la valeur et l’opportunité de réinventer un capitalisme beaucoup plus apaisé.

 

L’ubérisation met le client au centre de son système

 

L’ubérisation offre un nouveau paradigme qui bouleverse les entreprises traditionnelles qui, à leur tour, doivent se recentrer sur le client. A ce titre-là, l’ubérisation diffuse ses valeurs et chamboule le monde du travail.

Le client d’abord. « Nous n’avons pas en France la culture du client, mais une culture de la demande, de l’usager. Tout d’un coup, tout devient centré sur le client. C’est une déstabilisation profonde pour les entreprises, voire une révolution majeure : dans mon modèle économique, comment faire passer le client avant tout ? », interpelle Denis Jacquet.

« Oubliez l’économie de partage ! », lance-t-il.  En réalité, l’ubérisation nous ouvre les portes d’une économie hyper-capitaliste centrée à 100% sur le client.

 

L’ubérisation est une formidable opportunité pour les entreprises françaises


Aujourd’hui, toutes les applications mobiles ont adopté un système de notation. Chaque consommateur peut noter objectivement et véritablement ce qu’il est en train de consommer. Pour la France, comme pour tous les pays européens attachés à la qualité (Italie, Allemagne), ce système de notation est une vitrine extraordinaire pour les entreprises qui font du qualitatif. « Si l’on fait le pari de la qualité, on fera le pari du prix. La notation c’est peut-être ce qui, dans le digital, va sauver les entreprises françaises ! ».

 

Denis Jacquet livre en vrac quelques conseils aux dirigeants présents dans la salle.

  • Commencez par inventer un modèle économique et social différent. Il y a beaucoup à apprendre de ces nouveaux métiers. N’allez pas croire que l’intelligence artificielle, l’automatisation, la DATA science est réservée aux plus grands, non ! Faites-vous accompagner par ceux dont c’est le métier. Tout ce qui vous permettra de vous éduquer pour comprendre tout cela est essentiel. Rajeunissez vos effectifs mais formez-vous pour les comprendre et parler le même langage.
  • Soyez axé sur le client, acceptez la notation. Si vous misez sur la qualité, votre notation sera fantastique et vous pourrez justifier des prix plus importants.
  • En résumé, formez-vous, recrutez les bons talents, fédérez en interne et réfléchissez-ensemble !

 

Rendez-vous pour le Davos mondial de la digitalisation

 Denis Jacquet a évoqué en conclusion son projet de monter une sorte de Davos mondial de la digitalisation. Il donne rendez-vous en novembre 2018 à Monaco où il promet de réunir les plus grands du digital (Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, Xavier Niel mais également des professeurs et scientifiques du MIT, etc.). « Cet événement sera l’occasion pour l’Europe de saisir un modèle différent », assure-t-il.

Ce monde impose qu’on prenne des risques. « La dernière chose qu’il va falloir qu’on impose c’est la suppression du principe de précaution. Car tous les pays qui ont fait de la précaution un principe ont fait de la réussite une exception », conclut-il.

 

Denis Jacquet est cofondateur de l’Observatoire de l’Ubérisation, l’un des fondateurs en 2012 du mouvement des Pigeons, multi-entrepreneur et co-auteur de l’ouvrage « Ubérisation, un ennemi qui vous veut du bien ? » (Editions Dunod).

 

Le recrutement de la prochaine promotion CPA est en cours. Il est encore temps de rencontrer Franck Théry pour un entretien et vous engager dans cette aventure humaine et professionnelle qu’est le CPA.

Contact : Nathalie Groulez – 03 20 25 97 59 – ngroulez@cepimanagement.com